canne

Mai 2008
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Une voix

"C'est ainsi qu'on étudie la Voie, en courant pieds nus à l'insu de tout le monde."
J.Kerouac in Les clochards célestes

Seeking the truth

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I

I

 

 

                Il a émergé de la terre, des trompettes ? Vous entendîtes des trompettes ? Allons, ça devait être des bécasses. Certes Vous y étiez et je n’y étais pas, mais je porte la plume et vous avez entendu des oiseaux.

Comprenez moi, je ne veux pas l’entacher, des bécasses gueulardes ne connaissent rien des icônes, il doit émerger seul, difficilement, il doit ne jamais avoir été un enfant, ne me contredisez pas, c’est inutile, cet homme est seul, je serai sa voix, vous serez oubliés, je l’ai tant attendu voyez vous. Je n’ose pas l’affubler de cheveux longs, pourtant, vous vous souvenez ? Longs et noirs. Comment m’avez-vous trouvé au fait ? Taisez-vous, j’ai besoin de me concentrer, il ne doit pas mourir, je l’ai trop attendu, non, il n’avait pas de chat, je vous l’ai déjà dit, il est seul ! Je vais arracher votre visage.

Ne criez pas, c’est fini, ne criez plus. Oui je pleure, je ne suis pas habitué, me prendriez-vous pour un monstre ? C’est fabuleux tout ce qu’il conquit, a-t-il des armes ? non, vous avez raison, je le perçois dans vos râles noyés ; tenez, prenez, c’est du papier absorbant, cela épongera vos erreurs, ne le posez pas à même votre peau, ça collerait. Taisez-vous. Il avait 24 ans. Cela me plait. Il avait 24 ans quand il n’est pas mort, vous rappelez-vous du soleil ce jour-là ? Brillait-il ? Comme toujours. Il brillait comme toujours. C’est un mensonge. Ne riez pas, ça fait des gargouillis. Vous ne comprenez rien au mensonge.  

Il est si beau, nu dans ce champs aux sillons mal tracés.

Bien entendu, il n’y avait pas de vent, la terre l’a pondu sans esbroufe. Lui, il dût se démener avant de se reposer, recroquevillé à même le sol. C’est alors que vous le vîtes, vous, « ses  parents », le couple alibi à son existence, quels sont vos prénoms ? Vous êtes morts. Qu’à cela ne tienne, l’histoire ne les connaîtra pas. Taisez-vous. Ha, suis-je bête, vous ne dîtes rien, ce sont les oiseaux.

 

                Le jardin était empli de gazouillis de piafs qui s’étaient installés dans les cerisiers fleuris ou avaient apposé leurs nids aux chapiteaux des colonnes qui le délimitaient.  Les abeilles bourdonnaient avec emphase, butinant à satiété. Il faisait anormalement chaud pour un début de printemps.

                Un homme en observait un autre. Il se tenait debout, muet, à l’ombre des arcades. Il regardait un fou qui s’était agenouillé à même la pelouse, au milieu du jardin. C’était, selon le directeur de Sainte Barbe, la seule place où il se tenait tranquille pourvu qu’on ne le dérangeât pas.  Il était là sous le cagnard, entouré de tulipes blanches et de coquelicots éparses, à griffonner fiévreusement sur un cahier d’écolier tandis qu’il proférait tout haut son dialogue insensé, suant à grosses gouttes.

                L’homme fit un pas en avant, s’extirpant ainsi de l’ombre. Il mit ses mains en porte-voix Bonjour Philippe ! Trop concentré sur sa besogne, le fou ne répondit pas. L’homme soupira, ôta ses lunettes de soleil et s’étonna aussitôt d’être à ce point aveuglé par la lumière. Il plissait toujours ses paupières quand il posa sa main sur l’épaule du fou. Bonjour Philippe.

Dès qu’il sentit le contact de la paume sèche sur son épaule moite, le fou stoppa son discours, demeura un instant immobile puis tourna lentement la tête vers son interlocuteur. Tiens, mon frère ! Quelqu’un serait donc mort ? Son frère tressaillit, Philippe était décidément toujours aussi taré. Presque, papa est à l’hôpital, les médecins semblent avoir bon espoir de le guérir mais lui affirme qu’il est proche de la fin. Il veut te voir, tu connais papa, quand il a une idée dans le crâne… Philippe écoutait sagement, en souriant. Il a lui-même appelé le directeur du centre. Pour le persuader de te laisser sortir.

Philippe éclata de rire. Ce cher M.Boussardon, gardien assourdit par le tintement de ses clefs, il a accepté, vraiment ? Bien sûr, papa a du pognon. Son frère jeta un rapide coup d’œil sur le cahier ouvert, lacéré de ratures, Philippe intercepta le regard et referma rapidement son cahier. Quand partons-nous ? Aussi tôt que possible, il faudrait que tu ôtes ton pyjama en premier lieu. Ce n’est pas moi qui conçoit les tenues réglementaires, frangin. Certes, mais personne ne t’oblige à porter la même un mois durant. Le sourire du fou se dissipa. Ainsi les nunurses t’auraient lâché le morceau, ha les bougresses... Philippe ramassa son cahier et se releva avec l’aide de son frère. Attend moi ici ou dans le hall d’accueil, le temps que j’aille faire un brin de toilette et que j’enfile une « tenue civile ».Philippe fut jaugé de la tête au pied, son frère finit par opiner de la tête. Je serai dans le hall.

Les deux frères commencèrent à s’éloigner. Avant qu’ils n’aient gagner les arcades, l’un des deux s’arrêta. Philippe ? Ouais ? Tu me promets de ne pas tenter de t’échapper ? Philippe éclata de rire. Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle. Il ne parvint que difficilement à se ressaisir, plié en deux, s’appuyant contre une colonne. Excuse moi, je trouve simplement cela très amusant, que ce soit papa qui me fasse sortir. Pour le reste, nous verrons. Et Philippe s’engouffra dans l’ombre.

Taré, pensa son frère.

 

Quand il apparut dans le hall, la mine réjouie, rasé de près, son crâne chauve luisant et fleurant bon le gel douche, habillé d’un élégant costume trois pièces noir comprenant une chemise blanche à col mao, le personnel se tut et son frère soupira. Tu aurais pu t’attifer autrement. Frangin, je dois faire honneur au paternel. De plus, je n’ai gardé que ces vêtements, en prévision d’une grande occasion. Son frère se leva péniblement d’un des fauteuils anormalement bas mais très disagne qui, avec l’aide de quelques plantes vertes, peuplaient le hall d’accueil. Il grogna, son dos lui faisait un mal de chien. Partons, veux-tu.

Philippe présenta ses hommages à l’hôtesse d’accueil puis ils furent dehors.

 

Il accueillit chaleureusement l’antique Fiat Panda blanche qu’il semblait avoir toujours connu. Diabolique bestiole, c’est à vous faire croire que l’immuable à sa place en ce monde. Son frère le laissa parler sans répondre, voyant qu’il s’amusait très bien seul de ses propres paroles. Ma parole ! Ce moteur tousse, il vieillirait donc… Il fut nécessaire d’enclencher le starter pour démarrer.

Alors qu’ils passaient la grille du parking de Sainte Barbe, Philippe s’adressa à son frère. Jean ? Jean émit un son interrogatif. Il faudra que nous nous arrêtions en chemin, près d’une forêt. Jean jeta un coup d’œil dans le rétroviseur, le centre s’éloignait. Je n’en aurai pas pour longtemps. Jean prit la première à gauche, Sainte Barbe disparut. D’accord Philippe.

par Rodolphe publié dans : Les guerriers de la beauté (TRES VIEUX)
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Le tueur d’enfants

 

 

I

 

 

Il attendait assis, sous un soleil timide.

Une couette grise, aux rebonds contrastés, diffusait dans le monde son absence de poids. Et le pas des enfants juraient par leur glas, leurs graves vérités aux allures éternelles. Ils étaient alourdis par l’imposture du poids des grisailles et de l’humidité triste. Si lourds sous un extérieur affligé par la toute puissance de leur immanence appauvrie. Si lourds, si graves, à en être saisissables.

 

                Il attendait assis, sous un soleil timide.

 

                Sur la place oblique où défilaient les amateurs d’art, un rasta aux dents jaunes s’esclaffait.

                Sept jours qu’il attend, sûrement plus, un chinois gratte sa guitare en cancanant les beatles.

                Et ça passe tout autour avec plus ou moins de bruit, la masse des enfants. Il attend

 

                               Assis, sans un mot, sous un soleil timide.

 

  Il attendra jusqu’au noyau de nuit

  Du jour

 

Il ne bouge pas, vif, il épouse le mouvement, demain, il sera ailleurs ;

Sur le toit, dans la cheminée, l’âtre ou la forêt,

Dans le poids des flammes,

Il y est déjà.

Tueur d’enfants.

 

 

II

 

 

L’enfant est un bon fils il ne déconstruit pas

Ce vieillard est un enfant

Cette femme en est un autre

Voyant partout de l’offense

Quand papa n’est plus apôtre

 

Papa est un bon fils qui ne déconstruit pas

Pépé s’arrime dans les liens entre les fils

Ces ingénieurs du sain esprit et de la vis

Qui miracle s’élevèrent

Sans connaître grand-père

 

Le fils à papa le pépé aux fils.

 

 

Un rire d’enfant c’est beau

On pleure sur une tombe

On s’effraie le jour des ombres

La nuit se passe au flambeau

 

Cependant la nuit persiste papa ! Veilleuse !

Pépé ! l’histoire ! vite !

Le dedans s’effrite.

 

L’homme du dehors n’attend plus

C’est son épée qui luit.

Beau pas même monstre poilu

Il craint mes yeux et les fuit !

 

Pépé l’histoire vite !

Mes frères mes fils

Le dedans s’effrite !

Il faut combler les mystères :

Des fêtes convenues des mémoires toutes faîtes !

 

                Trop tard, il m’a coupé la tête.

 

 

III

 

 

Je suis le corps sans tête

Messager des Dieux

 

De ma blessure, je m’écoule dans l’espace ;

Je suis d’or et d’airain et je suis voile

Dans les courants du néant, dans les flots, les étoiles

Et l’explosion du sable.

                Je cherche mes maîtres

 

Je suis le corps sans tête

Messager des Dieux

 

Je vais et viens, partout des cieux,

Que de rafales et de cyclones dans cette eau croupissante ;

Une blatte s’étonne quand je mange un poussin,

Un homme est terrifié quand j’avale la blatte,

On me fait de la place quand j’éventre un coussin.

                A midi, j’ai dévoré une colline à la chevelure ravissante.

                                                                                              Je cherche mes maîtres

 

Je suis le corps sans tête

Messager des dieux

 

Le coup fut fulgurant.

Depuis, ma tête pourrit,

S’ajoute aux limons, forme un sédiment.

Vient la nuit,

Je mange des racines

Puis j’en mange les feuillages.

Je cherche mes maîtres

                Je suis le corps sans tête

                   Je suis un messager.

J’ai tout à déglutir,

Du rire, du rire !

Je suis le corps sans tête

 

On tremble.

Je bande.

Je n’ai rien de divin.

Les dieux et le néant ne sont plus,

Je suis tout.

 

Quand je boîte, je danse.

Quand je me couche, je tressaute.

Quand je tressaute, je boîte

                Et la folie s’étend.

Je suis le corps sans tête,

Et je n’ai pas de Dieu.

 

par Rodolphe publié dans : Les guerriers de la beauté (TRES VIEUX)
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