le tueur d'enfant

Publié le par Rodolphe

Le tueur d’enfants

 

 

I

 

 

Il attendait assis, sous un soleil timide.

Une couette grise, aux rebonds contrastés, diffusait dans le monde son absence de poids. Et le pas des enfants juraient par leur glas, leurs graves vérités aux allures éternelles. Ils étaient alourdis par l’imposture du poids des grisailles et de l’humidité triste. Si lourds sous un extérieur affligé par la toute puissance de leur immanence appauvrie. Si lourds, si graves, à en être saisissables.

 

                Il attendait assis, sous un soleil timide.

 

                Sur la place oblique où défilaient les amateurs d’art, un rasta aux dents jaunes s’esclaffait.

                Sept jours qu’il attend, sûrement plus, un chinois gratte sa guitare en cancanant les beatles.

                Et ça passe tout autour avec plus ou moins de bruit, la masse des enfants. Il attend

 

                               Assis, sans un mot, sous un soleil timide.

 

  Il attendra jusqu’au noyau de nuit

  Du jour

 

Il ne bouge pas, vif, il épouse le mouvement, demain, il sera ailleurs ;

Sur le toit, dans la cheminée, l’âtre ou la forêt,

Dans le poids des flammes,

Il y est déjà.

Tueur d’enfants.

 

 

II

 

 

L’enfant est un bon fils il ne déconstruit pas

Ce vieillard est un enfant

Cette femme en est un autre

Voyant partout de l’offense

Quand papa n’est plus apôtre

 

Papa est un bon fils qui ne déconstruit pas

Pépé s’arrime dans les liens entre les fils

Ces ingénieurs du sain esprit et de la vis

Qui miracle s’élevèrent

Sans connaître grand-père

 

Le fils à papa le pépé aux fils.

 

 

Un rire d’enfant c’est beau

On pleure sur une tombe

On s’effraie le jour des ombres

La nuit se passe au flambeau

 

Cependant la nuit persiste papa ! Veilleuse !

Pépé ! l’histoire ! vite !

Le dedans s’effrite.

 

L’homme du dehors n’attend plus

C’est son épée qui luit.

Beau pas même monstre poilu

Il craint mes yeux et les fuit !

 

Pépé l’histoire vite !

Mes frères mes fils

Le dedans s’effrite !

Il faut combler les mystères :

Des fêtes convenues des mémoires toutes faîtes !

 

                Trop tard, il m’a coupé la tête.

 

 

III

 

 

Je suis le corps sans tête

Messager des Dieux

 

De ma blessure, je m’écoule dans l’espace ;

Je suis d’or et d’airain et je suis voile

Dans les courants du néant, dans les flots, les étoiles

Et l’explosion du sable.

                Je cherche mes maîtres

 

Je suis le corps sans tête

Messager des Dieux

 

Je vais et viens, partout des cieux,

Que de rafales et de cyclones dans cette eau croupissante ;

Une blatte s’étonne quand je mange un poussin,

Un homme est terrifié quand j’avale la blatte,

On me fait de la place quand j’éventre un coussin.

                A midi, j’ai dévoré une colline à la chevelure ravissante.

                                                                                              Je cherche mes maîtres

 

Je suis le corps sans tête

Messager des dieux

 

Le coup fut fulgurant.

Depuis, ma tête pourrit,

S’ajoute aux limons, forme un sédiment.

Vient la nuit,

Je mange des racines

Puis j’en mange les feuillages.

Je cherche mes maîtres

                Je suis le corps sans tête

                   Je suis un messager.

J’ai tout à déglutir,

Du rire, du rire !

Je suis le corps sans tête

 

On tremble.

Je bande.

Je n’ai rien de divin.

Les dieux et le néant ne sont plus,

Je suis tout.

 

Quand je boîte, je danse.

Quand je me couche, je tressaute.

Quand je tressaute, je boîte

                Et la folie s’étend.

Je suis le corps sans tête,

Et je n’ai pas de Dieu.

 

Publié dans Archives ancestrales

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