Portrait de Rosemary

Publié le par Rodolphe

Cette jeune fille était mince, presque fluette, et maniait un art inné de retourner les têtes sur son passage.

Son visage était lisse, doux, et ses yeux évoquait un appétit naïf, peut être un peu béta, mais irrésistible. Un élan souriant, une absence ouverte à tout.

On dit qu'elle avait une jolie plume au lycée, qu'elle s'entendait avec les auteurs étudiés sans trop de frictions.

On dit que c'était une bonne élève. Un bonne amante. Une insatisfaite toujours heureuse. Tour à tour la proie et l'araignée dans les mascarades amoureuses, aimable dans chacun des rôles.

 

Ce matin nous nous sommes recroisés.

Nous nous croisons souvent, nous nous saluons, nous n'avons pas le temps, nous sommes polis, simplement, et pas dérangés de nous savoir vivants.

Ce matin, cependant que je bullais sur un banc de béton, attendant le train, elle s'est assise à mes côtés. Nous avons parlé, moi, le barbu boiteux et dépenaillé, elle, tombée depuis longtemps.

On dit qu'elle prit un ecsta de trop.

On dit beaucoup de choses.

          Touours est-il qu'un jour, bien avant ses vingt ans, elle flippa.

Elle perdit le sens des réalités communes.

 

Elle ne garda que le sourire, elle devint un sourire, mou, désarmant de mollesse, une offrande informe pour tous les sculpteurs du dimanche.

Elle passa de mains en mains, jusqu'à en perdre sa beauté, je connais un ami acrobate peu fier de l'avoir prise, un soir de trop d'absences.

Elle, elle ne semblait se rendre compte de rien.

Le monde était gentil et elle s'émerveillait devant la première image de couleur venue.

 

Ajourd'hui elle a grossi et sa peau a la texture des excès.

Ses pupilles semblent éternellement dilatées, donnant à ses yeux l'aspect de ceux d'un gros chien triste. Elle reste petite, elle n'est pas obèse, loin de là, mais elle est devenue fade, comme vidée de tous feus.

Même son sourire s'est estompé, il n'y a plus qu'une chair molle.

                                   Son absence perpétuelle l'éloigne des vents et dez étincelles.

 

Elle va passer son BAFA.

Elle raconte ses mésaventures sans passion.

Elle aime bien cela, s'occuper des gamins, c'est sympa, les gamins.

Non ?

Elle descend du train sans avoir de réponse.

 

Logique, elle s'en fout de ses questions.

 

 

 

Publié dans Archives ancestrales

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D
Superbe.
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