canne

Mai 2008
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Une voix

"C'est ainsi qu'on étudie la Voie, en courant pieds nus à l'insu de tout le monde."
J.Kerouac in Les clochards célestes

Seeking the truth

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Guigemar

Vers 496-534

 

 

Guigemar eime durement :

u il avra hastif sucurs,

u li estuet vivre a reburs.

Amurs li dune hardement :

il li descuevre son talent.

« Dame, fet il, « jeo muerc pur vus ;

mis quers en est mult anguissus.

Se vus ne me volez guarir,

dunc m’estuet il en fin murir.

Jo vus requier de druërie :

bele, ne m’escundites mie ! »

Quant ele l’a bien entendu,

avenantment a respundu.

Tut en riant li dit : « Amis,

cist cunseils serait trop hastis

d’otreier vus ceste preiere :

jeo n’en sui mie custumiere. »

« Dame, fet il, pur Deu, merci !

Ne vus ennuit, se jol vus di !

Femme jolive de mestier

se doit lunc tens faire preier,

pur sei cherir, que cil ne quit

que ele ait usé cel deduit.

Mes la dame de bon purpens,

ki en sei ait valur ne sens,

s’ele trueve hume a sa maniere,

ne se fera vers lui trop fiere,

ainz l’amera, si n’avra joie.

Ainz que nuls le sace ne l’oie,

avrunt il mult de lur pru fait.

Bele dame, finum cest plait ! »

La dame entent que veir li dit,

e li otreie senz respit

l’amur de li, e il la baise.

Des ore est Guigemar a aise.

Ensemble gisent e parolent

e sovent baisent et acolent ;

bien lur covienge del surplus,

de ceo qui li altre unt en us !

 

 

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Guigemar est éperduement amoureux :

ou il aura un prompt secours,

Ou il lui faut vivre contre son gré.

L’amour lui donne du courage :

Il révèle à sa dame ses sentiments.

« Dame, je meurs pour vous ;

Mon cœur est plein d’angoisse.

Si vous refusez de me guérir,

Je ne puis échapper à la mort.

Je sollicite vos faveurs,

Belle dame, ne me repoussez pas ! »

Elle l’a bien écouté

Et lui répond gracieusement,

En souriant : « Mon ami,

Ce serait une décision bien hâtive

Que d’accéder à votre prière :

Telle n’est pas ma coutume ! 

- Dame, au nom de Dieu, pitié !

Ne vous courroucez pas de mes paroles !

Une femme à la conduite légère

Doit se faire prier longtemps,

Pour gagner en valeur et empêcher son amant

De croire qu’elle se donne facilement.

Mais la dame avisée,

Pleine de mérite et de sagesse,

Qui trouve un homme à sa convenance,

Ne se montrera pas trop cruelle :

Elle l’aimera et connaîtra les joies de l’amour.

Avant qu’on surprenne leur secret,

Ils auront bien employé leur temps !

Belle dame, cessons donc ce débat ! »

La dame comprend qu’il dit vrai

Et  sans plus tarder,

Elle lui accorde son amour et il l’embrasse.


Désormais, Guigemar connaît le bonheur.

Ils s’allongent côte à côte et se livrent à de joyeux ébats,

 et ne cessent de s’enlacer et de s’embrasser,

Quant à ce qui s’ensuit, quant aux formalités des autres amants,

Qu’ils agissent comme bon leur semble !



Trad. Laurence Harf-Lancner revue par Sophie Albert.


par Les rebouteux publié dans : Dissivox communauté : PanoramArt
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« Vous voilà déjà loin, Ferdinand. Vous faites, n’est-ce pas, Ferdinand, exactement ce que vous avez bien envie de faire ? Voilà ce qui est important… C’est cela seulement qui compte. »

 

Le train est entré en gare. Je n’étais plus très sûr de mon aventure quand j’ai vu la machine. Je l’ai embrassée Molly avec tout ce que j’avais encore de courage dans la carcasse. J’avais de la peine, de la vraie, pour une fois, pour tout le  monde, pour moi, pour elle, pour tous les hommes.

 

C’est peut-être ça ce qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi même avant de mourir.

 

Des années ont passé depuis ce départ et puis des années encore… J’ai écrit souvent à Détroit et puis ailleurs à toutes les adresses dont je me souvenais et où on pouvait la connaître, la suivre Molly. Jamais je n’ai reçu de réponse.

 

La Maison est fermée à présent. C’est tout ce que j’ai pu savoir. Bonne, admirable Molly, je veux si elle peut encore me lire, d’un endroit que je ne connais pas, qu’elle sache bien que je n’ai pas changé pour elle, que je l’aime encore et toujours, à ma manière, qu’elle peut venir ici quand elle voudra partager mon pain et ma furtive destinée. Si elle n’est plus belle, eh bien tant pis ! Nous nous arrangerons ! J’ai gardé tant de beauté d’elle en moi, si vivace, si chaude que j’en ai bien pour tous les deux et pour au moins vingt ans encore, le temps d’en finir.

 

Pour la quitter il m’a fallu certes bien de la folie et d’une sale et froide espèce. Tout de même, j’ai défendu mon âme jusqu’à présent et si la mort, demain, venait me prendre, je ne serais, j’en suis certain, jamais tout à fait aussi froid, vilain, aussi lourd que les autres, tant de gentillesse et de rêve Molly m’a fait cadeau dans le cours de ces quelques mois d’Amérique.

par Les rebouteux publié dans : Dissivox communauté : PanoramArt
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